Le texte ci-dessous reprend une partie du livre d’Aline Llareus-Dinier, critique d’Art, qui lui a consacré quelques lignes dans son ouvrage.
Eljo peint son taureau comme on peindrait un homme
L’arène a son odeur, sa chorégraphie, ses costumes, c’est un théâtre antique où les rôles sont distribués, c’est le combat de la vie contre la mort, c’est toute une histoire que j’ai vécue régulièrement chez mes grands-parents à Céret (à chacun ses racines, à chacun ses coutumes) et que je revis à travers les peintures acryliques, encres de Chine et fusain d’Eljo. La corrida pour lui, ce n’est pas un spectacle, c’est une tragédie, un raccourci, une concentration d’émotions, une symbolique portée par des costumes, les attitudes mêmes des acteurs. Les deux protagonistes : le taureau, nu dans sa peau obscure, l’homme devenu torero dès l’instant où il endosse son habit de lumière inspiré au début des costumes des majos (habits de fête pour les Madrilènes) qui, à l’accession des Bourbons sur le trône d’Espagne, inspirera les costumes de la noblesse française au XVIIème siècle. Portant la « montera », chapeau en laine noire bouclée, la chaquetilla (veste courte en satin de soie) cousue de broderies d’or ou d’argent, des hombreras (épaulettes) ornées de cabochons et de glands.
Force, brio, majesté, somptuosité, respect du détail chargé de symboles, Eljo a le talent, la surêté du trait, la fougue de la touche, une parfaite connaissance de l’anatomie humaine et animale.
Travail, formation, détermination : performance
Portrait de femmes, marché au poisson au Sénégal, nature morte, pacage en Gascogne… Eljo ne peint pas que ces taureaux. Lorsqu’il sort du périmètre des arènes, son regard se pose partout où le vivant l’interpelle. Né à Condom dans le Gers, Eljo dessine à l’encre de chine, depuis son plus jeune âge. Il voulait être styliste, ses parents souhaitaient pour lui un « vrai métier » (et oui, un leitmotiv chez nos artistes !). C’est à l’École Hôtelière d’Auch qu’il découvre la décoration de table. En 1991, il reprend ses études à l’ETPA de Toulouse et obtient son CAP de photographe.
En 1994, Eljo est victime d’un grave accident aux séquelles irréversibles, c’est la passion pour la photo qui lui a permis de garder espoir. Eljo axe sa carrière sur la photo sportive et publicitaire en studio. En 1997, il se dirige vers la tauromachie, illustre des revues taurines. En 1998, le décès d’un proche le pousse à prendre la fuite vers un univers lointain et inconnu : le Kenya, un monde animalier et sauvage qui lui permet de se ressourcer. C’est le grand Michel Denis-Huot, photographe animalier français qui l’accompagne. Eljo a vécu cette aventure comme un appel du destin. De retour en France, Eljo fréquente les forêts, les étangs, saisit l’instant de vie, de survie…
En 2010, série infernale d’opérations, d’hospitalisations… En 2015, début de paralysie de la main droite. Eljo entre dans l’association « TAGAD’ART » à Mauvezin. En 2016, au salon de la « Hesta des Arts », il obtient le prix de la ville et celui du public ; à la suite, à Valence sur Baïse, sa photo « Heureuse capture » obtient le Premier Grand Prix. Quel bel exemple de solidarité ! Une nouvelle référence au Bestiaire d’Yvette Monteil !
Inspirées de ses propres images photos, ses toiles ont une puissance saisissante. Aujourd’hui, il a la chance d’être soutenu et conseillé par Guy Coanus, une signature incontournable du Midi de la France.
Aline Llareus-Dinier, critique d’Art.



